L'animal et la psychanalyse
- marie LEBALEUR
- 9 juin
- 2 min de lecture

Lier la médiation canine à la psychanalyse peut sembler paradoxal à première vue. D'un côté, une cure traditionnelle essentiellement fondée sur les mots, l'association libre et l'intrapsychique intemporel ; de l'autre, une pratique vivante, incarnée, ancrée dans l'ici et maintenant de la relation avec l'animal.
Pourtant, cette articulation s'avère d'une pertinence clinique rare. Le chien ne vient pas saturer ou remplacer le cadre analytique ; il l'ouvre et le dynamise, agissant comme un puissant catalyseur des processus inconscients. Le chien ne remplace pas le clinicien, ni les interprétations: il ouvre la voie thérapeutique. Il est comme un tiers soutenant, toujours au service du patient pour faciliter le travail thérapeutique.
Dans une dynamique duelle classique, l'intensité du transfert peut parfois réactiver des mécanismes de défense massifs (clivage, aliénation, projections persécutrices). L'introduction du chien instaure une triangulation bénéfique et l'extension de l'aire transitionnelle : Au sens de Winnicott, le chien peut être investi comme un objet transitionnel. Il appartient à la fois à la réalité externe (il est là, vivant, autonome) et à la réalité interne du patient (qui lui prête des intentions, des pensées, des émotions). Cette zone intermédiaire permet de rejouer des vécus archaïques en toute sécurité, ce qui devient thérapeutique.
La psychanalyse — notamment à travers les travaux sur les états limites ou la psychose, comme ceux de Harold Searles — a largement démontré l'importance de l'environnement non-humain dans la structuration du Moi. Le chien permet de s'adresser aux strates les plus précoces du développement psychique, antérieures à l'accès au langage. Face à des vécus traumatiques ou des failles narcissiques profondes où les mots perdent leur sens, le contact physique avec l'animal (la chaleur, le rythme respiratoire, la texture des poils) offre une fonction de holding et de contenance corporelle.
L'animal remet en mouvement des affects bloqués ou somatisés. En vivant une expérience sensorielle brute avec le chien, le patient réapprivoise son corps et ses émotions. Ce vécu corporel partagé devient la matière première que le thérapeute pourra, dans un second temps, aider à traduire en mots.
En somme, associer la médiation canine à une lecture psychanalytique permet d'offrir une "épaisseur" transférentielle unique. Le chien ouvre une brèche dans les résistances névrotiques ou psychotiques, permettant au sujet de se réassocier à son histoire et à ses affects, là où la parole était devenue impossible ou défensive.
Forte de mes quinze années d'expériences cliniques auprès des enfants,adolescents et
adultes, j'ai eu envie de faire évoluer ma pratique professionnelle et proposer une approche différente et complémentaire au sein d'insitutions médico-sociales et sanitaires, tout en gardant mon orientation psychanalytique. Ainsi, avec ma chienne, berger australien, nous sommes formées à la médation canine, à la TFA (Thérapie Facilitée par l'Animal) reconnues par le CNEAC, afin de proposer des visites en insitution pour animer des groupes de parole thérapeutiques, avec médiation animale. Une nouvelle pratique qui nourrira également ma pratique libérale.




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